Garouste / Les Saintes Ellipses

Video monocanal
Duración : 16' 53"
Año de realización : 2004
A partir de la obra (y con la participación) de Gérard Garouste
Realización : Gustavo Kortsarz
Productor ejecutivo : Charles Elfassi
La voz de Naidra Ayadi
Música : Stéphane Bissières







Transcripción del texto (en francés)

Cette église c’est la chapelle St Louis de la Salpetrière, et chaque année le Festival d’Automne donne cette chapelle à un artiste . Cette année je suis l’invité. Ils m’ont donné cette chapelle et pour moi j’ai pris tout de suite ce projet pour un immense défi, d’abord parce que tous les projets que j’ai vu dans ce lieu c’était pas des projets de peintre, il n’y a pratiquement pas eu de peinture, et parce qu’on est à une époque où l’on croit que la peinture est à bout de souffle, est terminée... plus personne n’assume la peinture. D’être invité dans ce lieu je l’ai pris comme un véritable défi d’une part. D’autre part le lieu est magnifique, il y a 30 mètres sous la coupole, c’est immense, c’est totalement dépouillé, c’est une superbe architecture. Et puis un détail important c’est que cette chapelle s’appelle la Chapelle St Louis et qu’elle est là pour honorer St Louis et toutes les merveilles qu’il a pu faire sur cette terre,... Le lieu lui même cette église est une croix, une croix très symétrique, et au centre il y a cette grande coupole , et cette coupole, celle qui est là, n'a aucune peinture; elle était faite c'est sûr, pour recevoir des peintures et on a envie, déjà, rien qu'à la regarder je m'étais dit: est-ce que je ne ferais pas une peinture sur cette coupole ? ce serait logique dans la démarche; en fait par rapport à toutes les préoccupations que j'ai déjà pas mal de temps sur la peinture, c'est à dire, est-ce que la peinture n'est pas l'inverse de ce que l'on peut attendre d'elle ? c'est à dire par rapport à l'image, puisque on est plus dans l'interprétation que dans la représentation, est-ce qu'elle ne fonctionne pas une chose et ses contraires, et petit à petit s'il y a un mot comme ça qui est sortie de toute mon histoire c'est le mot inverse, l'inverse de tout, déjà à commencer par Saint Louis que pour moi est un homme d'une grande intolérance et d'une grande ignorance, et qui soit considéré comme un saint j'avais tout de suite envie de peindre le diable à la place pour y mettre quelque chose qui soit de l'ordre du...
et puis il y a évidemment plus subtile à faire, en tout le cas je retiens que c'est l'inverse d'un Saint Louis qui m'intéressait... Je me suis dit: mais qu'est-ce que c'est que l'inverse d'un plafond, c'est un effondrement du plafond, et l'inverse du Paradis c'est l'Enfer, mais il y a plus subtil que le Paradis et l'Enfer, il y a dans l'architecture ce qu'on appelle le Zénith et le centre de la Terre qui est le Nadir, et donc je vais faire tout par rapport au nadir dans un projet où tout aurait tendance à monter, je vais faire tout qui aura tendance à descendre, en effet, l'installation que j'ai fait qui est une espèce d'entonnoir gigantesque qui fait à peu près 14 m. de hauteur et qui est un jeu de 8 ellipses; 8 coupes d'ellipses, ces ellipses se recueillent sur quelques centimètres carrés et le tout est reçu par un jeu de miroirs, une sorte de bénitier, on ne sait pas si c'est une symbolique entre l'eau, le bénitier, le creux d'une main.
Laurent Busine connaissant ces fantasmes a écrit précisément un texte, un conte profane très alchimique et donc, comme tous les contes alchimiques, il y a les 4 éléments, il y a les 4 âges, il y a la rosée... il était absolument nécessaire que ces peintures en anamorphose soient liées à un conte qui fonctionnerait comme un évangile ou comme un conte sacré et d'ailleurs les personnages portent des noms à l'envers c'est à dire, St. Georges, Laurent Busine est parti sur St. Georges, est devenu un Segroeg et c'est plus une vierge mais une femme qui a bien vécu puisque c'est mon arrière grand mère qui s'appelle Gabrielle, scandale de l'époque, de 1850, et donc tout c'est mis en place comme ça...
mais en fait ce sont que des morceaux de toile qui sont reliés, qui sont cousus les uns aux autres et qui sont... qui donnent cette espèce de forme étrange, ellipsoïdale, et voilà pour l’ensemble qui va occuper tout le cœur de l’église, ...
et j’attache beaucoup d’importance à l’évolution, la manière dont on va pénétrer les choses; c’est à dire que les gens vont entrer, vont voir un certain nombre de choses un peu étranges, des images, des choses illisibles, incompréhensibles et puis dans cette espèce d’information incohérente très chaotique, bah... justement l’idée c’est qu’il y a beaucoup de recul dans cette église et que les passants ou les visiteurs vont un peu errer autour de la toile, vont tourner autour comme ça, regarder en l’air, regarder en bas, ... parce que l’idée c’est pas de regarder en haut, l’idée c’est de regarder en haut et en bas mais il faut jamais oublier de regarder en bas ce qui se passe parce que la connaissance, c’est la connaissance d ‘n bas qui, qui vaut... qui est la notre donc c’est là dont il est question et même si elle est très décevante, même si elle est très limitée, et même si elle est très chaotique... elle est merveilleuse et donc voilà.


Dans les souvenirs que j’accumule depuis un siècle ou deux – la mémoire me fait
défaut -, voilà que le soir tombe. Le sang a coulé.
Des conséquences de drame, une légende va prendre forme dont aujourd’hui encore, nous ne pouvons, ni vous, ni moi, démêler les fils imbriqués.


quand on lit un texte et que l’on l’interprète, d’ailleurs si l’on prend la bible écrite en français , la bible de Jérusalem, c’est un traduction en français , ça n’est pas une traduction dans le sens où elle ne dit pas ce qu’il y a écrit en hébreux, elle interprète ce qui a été écrit en hébreux, elle est donc loin du sens original. Un peintre c’est encore plus fou que ça, bien sur on peut faire de l’illustration , si je représente Don Quichotte avec sa longue hallebarde et l’air triste et maigre comme souvent on le représente, OK ça s’appelle une illustration. Mais on peut aussi à partir du roman de Don Quichotte faire en sorte que les images soient porteuses de quelque chose qui ne passe pas par le regard, comme un tour de sorcier, comme un tour de magie, l’image n’est pas là pour ce qu’elle donne à voir. Et là la complexité qu’il y a entre les mots , les lettres , souvent mes personnages sont des lettres, la complexité qu’il peut y avoir entre les mots et les images, c’est ma manière à moi de m’exprimer.


Donc c’est parce que j’ai pris un texte de Laurent Buzine j’ai fait un énorme travail d’interprétation pour mettre en valeur les limites et tous le sens qui peut s’arracher d’un texte comme ça dont L. Buzine peut être parfois complice et parfois ça lui échappe de même que moi quant on voit mes tableaux on voit parfois des choses dans mes tableaux que j’ai jamais voulu y mettre, mais ça ne veut pas dire que ce qu’on y voit n’est pas moins bien que ce que j’ai voulu y mettre. Au contraire c’est au moment où la peinture m’échappe qu’elle commence à devenir intéressante, sinon elle est vulgaire, elle se donne telle qu’elle voulait se donner, c’est au moment ou elle nous échappe que …..


peut-être se lisait-elle dans ses crimes, dans les tâches quotidiennes accomplies avec abnégation et patience ou encore dans la science de son compagnon ; peut-être se lira-t-elle, un clair matin, au détour d’un chemin quand des gouttes de son sang tomberont sur le sol . Avant qu’elles n
ne se répandent dans la poussière et que ses yeux ne se voilent, pendant le court répit que lui laissera la mort, il pensera y lire les lettres qui composent le mot ...



Tout d’un coup L. Buzine fait un blanc dans son texte , j’ai respecté ce blanc en me disant comment je peux jouer avec ce blanc


tout d’un coup dans ce conte il y avait un trou de langage, tout d’un coup il y a une absence de mot, tout d’un coup L. Buzine il lui manquait des lettres. J’ai profité de cette absence de ce tour pour y glisser quelque chose et puisque je suis peintre et que je ne suis pas écrivain, j’y ait glissé une image qui fonctionne dans l’installation comme un signe. On ne sait pas si c’est un signe ou si c’est une arme. En tout les cas ça ressemble presque à un trident à un moment donné ce trident je le fais tenir par l’archange Gabriel, donc on peut croire que c’est une arme pour protéger le paradis , les portes du paradis en tout les cas on se pose des questions en tout les cas ce signe bizarre, qu’on revoit plusieurs fois dans le conte


Je ne cherche pas un sujet pour faire de la peinture, je cherche la peinture pour exprimer mon sujet. Mais le sujet je l’ai , et si j’étais plus à l’aise avec l’écriture et le langage j’écrirai et je serai écrivain et je n’aurai plus besoin de peindre. Il se trouve que je ne sais pas très bien écrire, donc je peins


Au niveau de l’originalité et de la forme ce qu’il y a de très intéressant dans la peinture c’est que la boucle est bouclée. Je pense que on pourrait presque dire, s’il faut donner des noms, entre les premiers éléments des mains historique, les premières mains sur les grottes de la préhistoire et Picasso, d’ailleurs on retrouve le même motif, si on reprend toute l’histoire de l’art, toute l’histoire de la peinture, il n’est plus possible d’inventer quoi que ce soit sur un plan formel. Je veux dire par là que l’on a été iconoclaste, on a crevé des toiles on les a brûlées, on a fait de la figuration, on a fait de l’abstrait on a exposé du blanc on a tout fait, ça nous débarrasse de la peinture d’une certaine manière et comme dirait Roland Barthes, qui dit que le roman peut commencer au moment où les mots sont fermés sur le langage, c’est que pour faire de la peinture le mieux, paradoxalement, c’est de s’en débarrasser. Ce qui m’amuse dans la peinture , puisqu’elle n’a plus aucune forme originale , on peut donc revenir à des notions de sujet, car c’est par le sujet que l’on peut étonner un spectateur. La surprise ne va plus être dans la forme mais dans la mise en scène d’un tableau sur un sujet précis. Tout est bon à prendre, on a tout un vocabulaire en place maintenant . Moi il se trouve que le vocabulaire qui m’intéresse c’est la peinture au ras des pâquerettes, c’est à dire la figuration, et que cette figuration mette un sujet en scène car c’est vraiment ce sujet qui m’intéresse et pas la peinture.


Ce qui est passionnant aujourd’hui, c’est qu’avec toute l’histoire de la peinture, on a été au delà de tout, on a été au delà des formes, on a été iconoclaste , tout d’un coup le spectateur que nous sommes a été éduqué au point de pouvoir dépasser cette représentation et aujourd’hui la peinture n’est plus une histoire de représentation. Quand Ingres s’inquiétait de l’invention de la photographie, il se disait mais à quoi je sers moi en tant que peintre si avec un appareil photo on va pouvoir faire des portraits sans moi, il s’inquiétait. Qu’est ce qui s’est passé ? la photographie a évoluée il y a eu de grands artistes photographes et la peinture a évolué et il y a eu de grands artistes après la photographi,e qui vivaient à côté de la photographie sans que ça gène. Ça veut dire quoi ? ça veut dire qu’à partir du moment où aujourd’hui on continue à faire des portraits bien que l’on puisse en faire avec un appareil photo, ça veut dire que la peinture est sortie du champs de la représentation, la représentation on s’en fout, si on veut voir de la représentation on a compris qu’on prenait un appareil photo et la peinture elle est là pour autre chose. Alors là tout d’un coup comme on a un œil très cultivé, tout d’un coup au peintre de mettre en scène des choses étranges, qui va être même la disposition de sa toile dans un lieu plutôt que dans un autre, jouer sur l’architecture, faire une mise en scène de sa peinture , même faire une mise en scène à l’intérieur de la peinture, qui fait que tout d’un coup on décolle de la représentation, on décolle de l’image et on est dans une logique du sens, on est renvoyé dans notre réflexion qui se passe dans notre cerveau et on se fout pas mal de l’image.


J’ai envie de dire que je serais prêt à assumer une peinture de mauvais goût si c’est pour mettre en valeur des mots et des textes car le vrai sujet de la peinture c’est quelque chose qui peut s’écrire c’est une réflexion, c’est une réflexion sociale , une réflexion politique, une réflexion philosophique, une réflexion religieuse. Mais il faut faire très attention au formalisme qui consiste à se délecter dans le beau pour du beau, c ‘est une erreur très moderne. Je pense que le beau est un premier palier , un palier très aléatoire, mais c’est un premier palier qui donne accès à autre chose de beaucoup plus important. La peinture est au service de quelque chose de beaucoup plus important qu’elle même.


Segroeg mit du temps à reconnaître que les gouttelettes formaient des lettres et que ces signes étaient semblables aux neuf pas de danse que le cheval, conduit par la gracieuse cavalière, avait dessinés, un soir d’été, sur la place de son village.
La rosée écrivait le nom de la belle écuyère, dont le souvenir radieux ne l’avait jamais quitté quand il parcourait le vaste monde.
Il comprit que ce serait son dernier matin ; le sang coula.
Les gouttes alignées brillaient, rayonnaient intensément et lui lisait l’écriture.